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Faim du voyage

25/02/2009 | Ushuaia | 6 commentaires |

Faim du voyage

Mon voyage touche a sa fin. Demain, je quitte la chaleur etouffante de Buenos Aires pour reintegrer le froid hivernal parisien. Au choc thermique va s ajouter celui du dur retour a la realite. Inevitablement une telle aventure laisse quelques marques, sequelles d un sejour prologe au Paradis. Mes 50 heures de bus pour relier Ushuaia a la capìtale argentine m ont laisse le temps de repenser a ces 5 mois : l Equateur, le Perou, la Bolivie, tout cela me parait tres loin, tant de details me reviennent en memoire. L heure est aux conclusions. 

Tout d abord je voudrais rebondir sur quelques reactions qui me sont parvenues. D une part je suis une grande courageuse qui a fait quelque chose de genial , d autre part je suis une jeune inconsciente qui n a pas mesure le danger encouru. Je serai pour ma part beaucoup plus moderee : ni extraordinaire ni dangereux, mon sejour fut empreint de simplicite. S asseoir dans le bus, visiter, aller a l hotel ou encore pedaler, manger, monter la tente sont des activites qui n ont rien d hors du commun, il s agit juste de vivre un quodien expatrie. Qu on se le dise entre nous, je n ai rien fait d extraordiaire, c est a la portee de tous, il faut juste se lancer.
Malheureusement nous sommes plein d idees recues, nous avons tendance a avoir peur de ce que nous ne connaissons pas. Partir au milieu de ces gens « qui ne sont pas comme nous ». Bien sur, il y a un fosse culturel entre nous, mais c est justement en cela que reside l interet du voyage. Je ne pense pas avoir couru plus de risques ici qu en prenant le metro parisien tous les jours. Il y aura toujours quelques personnes mal intentionnees mais le genre humain est naturellemet bon : toujours pret a aider, renseigner, accueillir...
Quant au fait de voyager seule, ce ne fut pas mon premier choix. Rien ne me destinait a voyager en solitaire. Besoin de toujours m inscrire dans un groupe, une « tribu », une classe, une equipe ; timide, voir meme coincee envers les inconnus, je ne me projettais absolument pas seule en Amerique du Sud. D ailleurs, si je n avais pas trouve Justine pour m accompagner je ne serais pas partie. Et quelle erreur j aurai commise ! Une fois la-bas on s apercoit vite que notre vision etait erronee, tout est finalement si simple. Commence alors mon voyage en solo, seule avec moi meme. J avais ouie dire qu un vrai voyage se fait tout seul. Je dois admettre qu a present je rejoins completement ce point de vue. C est une aventure completement differente. Tout d abord pas de concessions a faire, je vais ou je veux, quand je veux. Guides et maps en main, a moi d organiser mon itineraire. Nous ne pouvons compter que sur nous-meme, d autant plus a velo lorsque nous sommes loin des sites touristiques. Un probleme, un doute, une erreur, nous devons faire face. Et c est ce qui fait que l on grandit, que l on apprend meme si l on doit souvent passer par une phase de peur et de doutes. Enfin, voyager seule permet de rencontrer plus de gens (touristes comme locaux). Nous sommes forcement plus ouverts pour dialoguer avec ces autres, qui constituent notre seul vecteur de sociabilisation possible. Et au final, nous ne sommes jamais vraiment seul. Tout cela pour dire qu il faut le faire, il faut partir !! (je m adresse surtout aux quelques vieilles connaissances qui m ont envoye des messages pour me dire qu elles revaient de partir elles aussi).

Je pense avoir beaucoup appris sur moi, sur la vie, sur la culture, l histoire des 5 pays traverses. Des choses que toutes les heures passees sur les bancs de la fac ne m auraient jamais apprises, et qui me seront tout aussi utiles que le savoir scolaire dans ma vie future. Je sais qu au debut, l annonce de mon depart a suscite la polemique. Certains ont directement appuye le projet d autres restaient sceptiques sur la pseudo « criminalite-dangerosite sudamericaine » et sur le fait de perdre une annee uiversitaire. Je  pense ne rien avoir perdu du tout, bien au contraire, uniquement gagne. Je ne regrette absoluement pas mon choix, mon annee de « perdue » ni toutes mes economies depensees.  

Le travail (et les etudes) est la valeur phare de notre societe, constamment mise en exergue depuis notre enfance. Nous suivons tous un schema de vie similaire : etudes, travail et enfin la retraite, moment a partir du duquel nous pouvons jouir de tout notre temps et de notre argent. A 65 ans (bientot 70) nous nous liberons de nos chaines alors que la motivation, l energie ou la sante nous a definitivement quitte. Et si nous nous trompions ? Et si le plus important dans la vie n etait pas l argent, le nombre qui succède notre « Bac+ », ou la taille de notre maison (choses qui refletent si bien notre reussite sociale) ? Mais plutot les connaissances sur le monde, l experience, les gens que nous rencontrons, la richesse du coeur ... ? Quiconque deroge au modele en vigueur est marginalise, qualifie de reveur, d immature qui fuit la dure realite de la vie, faineant qui ne daigne pas travailler...

Je souhaite tirer un grand coup de chapeau a ces gens la, qui ont eu un jour le courage de tout plaquer, de renoncer a un avenir confortable pour partir a pied, a velo, en bateau, en caravane a la rencontre des gens du monde. Oui, sans aucun doute, il s agit bien de courage.Cette question n a cesse de me hanter tout au long de mon voyage : « Pourquoi pas moi ? Aurai-je un jour le courage de faire de meme ? ». Deja avant de partir je me posais ce genre de questions mais le sujet fut ravive lorsque chaque jour je rencontrais de nouvelles personnes ayant fait ce choix de vie. A force de ne cotoyer qu eux, on a vite le sentiment qu ils sont nombreux. 

Alors oui, bien sur le travail est important, pour gagner de l argent tout en s epanouissant dans ce que l on fait, a condition de se donner le temps de l utiliser pour faire ce a quoi on aspire vraiment. Je rentre essentiellement pour passer mon concours, poursuivre mes etudes (qui heureusement me plaisent enormement) mais des a present je sais qu un jour je trouverai moi aussi le courage de quitter cet engrenage, ce rythme infernal qui nous pousse a rentrer chaque soir ereinte (je fais un peu de projection, je suis encore etudiante mais tout cela viendra bien vite). A quand le temps de lire un bouquin, de s adonner a une passion, d etre actif dans une association ? Nous courons apres le temps. Si l on enleve de nos 24 heures journalieres le temps passe au travail, dans les transports et nos heures de sommeil combien nous reste-t-il ? Ne passons pas plus de temps avec nos collegues qu avec notre propre famille ? tout cela est-il bien raisonnable ? 

Je rentre avec des souvenirs, des nouvelles idees plein la tete ; des tonnes de choses auxquelles m interesser. Je n ai plus de reves, uniquement des projets car je sais que tout est possible des lors que l on veut vraiment, vraiment quelque chose. Ainsi s acheve mon carnet de route de ces 5 mois passes en Amerique du Sud, premiere aventure d une longue serie. L heure est venue de ranger tout cela dans un coin de ma tete, de descendre les Atlas a la cave pour m empecher de m y plonger des heures durant mais je me fais la promesse de ne jamais oublier. Je quitte demain le continent Sud americain et je n ai qu une envie : repartir.

 
Note : 4.71 - 31 votes



Commentaires
  • par orx2 26/02/2009 Alerter

    Tout simplement BRAVO

    J'aime aussi beaucoup la citation "Je n'ai plus de rêves, uniquement des projets car je sais que tout est possible des lors que l'on veut vraiment, vraiment quelque chose."

  • par Martine 25/05/2010 Alerter

    Re-moi, je voulais juste savoir où tu en étais un peu plus d'un an après ton périple ? Je suis tombée sur ton blog par hasard et je viens d'en lire/regarder une bonne partie. Une question me hante maintenant : "que devient cette aventurière ?"

  • par trotamunda.amel 25/05/2010 Alerter

    Salut Martine,
    Un an après ce grand périple j'ai repris ma vie normale : les cours, le métro parisien, tout ceci assez facilement. Bien sur je repense souvent à mon voyage, aux gens croisés, à des détails qui me reviennent parfois.
    Le virus du voyage est là pour longtemps, j'ai plein de projets de trip à vélo en tête, j'ai hâte de repartir, mais chaque chose en son temps, d'abord finir mes études avant de repartir.

  • par Martine 26/05/2010 Alerter

    Bonjour,

    Forcément, reprendre le cours de "sa" vie doit pas être évident après une telle aventure. Comme je ne me vois pas capable de faire ça, je suis pressée de suivre ta prochaine aventure.

    En tout cas bravo !

  • par nicolas 31/07/2010 Alerter

    Tout simplement....genial !

    Je suis depuis 4 mois en Amerique Latine, quasiment le meme itineraire, tout ce que tu relates est la stricte verite. En 4 mois je n'ai jamais autant appris sur moi, sur les autres, qu'en 20 ans. Et cela seul le voyage peut l'apporter.
    En tout cas felicitations,

    Nicolas

  • par Chriss 07/11/2010 Alerter

    100% d'accord avec ce constat.
    Je ne suis plus etudiante et connait donc ce tourbillon qui nous entraine toujours plus vite. 5 semaines passees a visiter l'Australie avec mon sac a dos et le meme constat a l'arrivee...
    Deja je pense a la prochaine destination... et aurais-je effectivement le courage de tout plaquer un jour ? Pas sure mais cela fait un bien fou de s'ouvrir a ce qui se fait ailleurs.
    Merci pour ce beau resume

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